Travaux Universitaires

À la croisée de la littérature, de l’analyse du discours, de la psychanalyse, de la psychologie et des théories sur le trauma, Écrire les Blessures de l’enfance. Inscription du trauma dans la littérature contemporaine au féminin explore en détail l’inscription textuelle des traumas de l’enfance à travers l’étude d’œuvres autobiographiques et autofictionnelles d’auteures reconnues telles que Chantal Chawaf, Chloé Delaume, Marguerite Duras, Marie Nimier aux côtés de nouvelles voix comme Béatrice de Jurquet et Colette Mainguy. Vers quelles stratégies textuelles et quels procédés littéraires se tourner pour témoigner de la nature obsessionnelle du trauma? Le passage à l’écriture et à la remémoration des souvenirs permet-il à l’écrivaine de sortir de l’impasse mentale causée par l’événement traumatique? Cet ouvrage examine différentes représentations du trauma et propose de nouvelles perspectives ainsi que des réponses et des réflexions sur cet aspect de l’écriture des femmes qui s'avère être un espace propice pour révéler des histoires de honte, de culpabilité et de violence.Voilà plus de trente ans que Marie Nimier écrit. Des romans, de l’autobiographie, de l’autofiction, des pièces de théâtre, des chansons, des albums pour enfants. Son œuvre romanesque se distingue par une grande maîtrise, une virtuosité dans la structure narrative, une capacité à échafauder des romans déconcertants qui échappent souvent aux classifications. Le Palais des Orties est un texte qui peut se lire à plusieurs niveaux. Au-delà du suspense, au-delà de la description des bouleversements intimes qui vont transformer Nora, il propose une plongée dans un milieu social peu mis en scène en littérature, auquel Nimier sait conférer une vraie complexité. A novelist with a long-standing involvement in the performing arts, Marie Nimier published in 2005 Vous dansez?, a collection of nine short fictional texts written as part of a collaborative venture with the dancer-choreographer Dominique Boivin to form the basis for a series of performance pieces. The intensity and sustained interaction between writer and dancers which informed these writings confers on them a particular transgeneric status, termed here ‘choré-récits’, as texts originally for dance performance and now for reading. The accounts emerging from interviews with the dancers about the factors shaping their career and their art frequently laid bare the constraints, both personal and professional, which through dance they sought to express or transcend, a feature which resonates with Nimier’s own abiding exploration of social, familial and interpersonal politics. More fundamentally, the hybrid focus of the collection nourishes a sustained and suggestive reflection on the relationship between verbal and gestural language and art. Par ses procédés de ‘mise en scène’ et de théâtralité, Anatomie d’un chœur, troisième roman de Nimier, s’annonce comme une sorte de comédie qui raconte l’heureux aboutissement d’un amour adultérin et la réalisation réussie d’une œuvre musicale faussement attribuée. Au-delà de ce jeu de mensonges publiques et de passions authentiques se révèlent les rouages de la création artistique et de la recherche de la plénitude personnelle. Les trajets suivis par les principaux personnages passent par un milieu débordant de désirs fluctuants, souvent dissimulés ou inavoués, qui finissent par animer un drame à fortes résonances mythiques qui semble exiger un tribut à payer aux puissances maléfiques, le versant noir nécessaire à l’issue heureuse sur les plans esthétique et passionnel. Marie Nimier’s Je suis un homme has received little critical attention to date, but deserves close analysis in particular for its rich network of intertextual references to (amongst others) Joyce, Diderot, Modiano and Nimier herself. Such ‘palimpsestuous’ allusions (Genette) enjoin the reader to keep in mind two texts at once and thus to ‘lire double, comme parfois on voit double’ (Lecarme). This paper will concentrate on two brief, apparently casual references in Je suis un homme to Modiano’s Les Boulevards de ceinture and La Place de l’étoile, both of which feature a cast of double agents and dual personalities as well as the fractured relationship between a father and son. Our analysis will demonstrate that the Modiano intertexts present us with a ‘doubling’ not only of Nimier’s protagonist and his father, but also (allusively, subtly, indeed ‘silently’, for the relevant aspects of the intertext are entirely implicit) of the author herself and her problematic father, Roger. Juxtaposing this finding with one further, unnamed intertext (Il était une fois dans l’Ouest), we shall consider Nimier’s intertextual strategy as a form of revenge for her father’s famous question ‘Que dit la Reine du Silence?’. En écho au titre Corps du roi, que Pierre Michon entendait très clairement au pluriel, nous proposons le titre « Les Corps de la Reine » pour explorer les représentations du corps dans le premier roman publié par Marie Nimier et dans son récit de filiation, publié une vingtaine d’années plus tard. Dans ces deux titres, on entend d’ailleurs, au moins phonétiquement, le mot « reine » et la narratrice de Sirène conjoint d’ailleurs les deux surnoms de « Reine du silence » et de « Sirène des pompiers ». Les deux premiers prénoms officiels de cette narratrice sont Marine et Céline, mais elle y entend « Marine c’est Line ». Line étant le prénom préféré de sa mère et Marine celui que son père souhaitait qu’elle porte, on peut lire dans cette double postulation contradictoire entre père et mère une menace de tension semblable à celle que doit assumer puis dépasser le saint Julien de Flaubert. En outre, Marine, si proche du prénom de l’auteure, fait référence à un corps aquatique, tandis que Line fait référence à un corps terrestre : le roman nous apprend en effet qu’en Bretagne le lin, considéré comme la suprême panacée, se prononce « line ». Nous nous intéresserons à ce dédoublement en tentant de montrer à quel point, dans ces deux ouvrages, la représentation du corps est placée sous le signe des contes et relève de l’inconscient. La condition du vivant représente de plus en plus un souci scriptural chez Marie Nimier. Face à l’animalité et à la minéralité qui permettent l’exploration tant des ressources que des limites de la matière afin de s’approcher de l’humain, l’imaginaire de cette écrivaine est attiré par le végétal au moment où il s’agit de constituer un « réseau bio » capable de configurer une « autre » vie possible et de rendre compte de toute cohabitation entre les espèces. La complexité des relations se traduit ainsi en effet littéraire lorsque les détournements, les changements de posture et la souplesse narrative défient l’immobilité des mécanismes identitaires – comme dans le cas d’une mine, espace de l’inanimé et source de vie à la fois, ou de la plage aux prises avec la notion d’invisible, comme dans l’exemple des animaux parlants et notamment dans la végétalisation des configurations spatiales. Dans ce contexte, les plantes jouent un rôle essentiel et controversé qui, entre présentation et représentation, végétal et végétatif, interroge une écriture attentive à la dimension précaire de l’existence humaine. Pourquoi ces pages ont-elles recours à une main verte pour rendre l’impact avec l’humain? Cette communications vise à analyser le statut du végétal dans les romans de Marie Nimier en tenant compte de toutes ses ramifications et à en saisir la spécificité dans le cadre d’un poétique des doublures qui dévoile la sensibilité d’un univers vert sous toutes ses facettes et avec toutes ses implications problématiques. In Photo-Photo, published in 2010, Marie Nimier stages the play of binaries through a series of ocular metaphors. As the title suggests, both semantically and typographically, the two photos that bookend the text stage the hyphen as an in-between space of two framed representations. A stylistic departure from her preceding novels, Photo-Photo teems nonetheless with techniques familiar to Nimier readers: doubles, mortality, fragile identities, paternal figures, and mirroring meta-textes and mises en abyme, to name just a few. Multiple frames in this novel express these themes, including the polar or detective story, not only as emblem of a search for identity (the “I”) but also, here, as ocular metaphor (“private eye”), a quest for a new “optique” or angle on enigmas troubling the narrative voice. A second frame concerns Freud’s essay on the uncanny. Numerous allusions in the novel to death, doubles, dolls, evil eyes, and childhood fears embed Freud’s essay as an overdetermined intertext. The third major frame is both thematic and structural. The kaleidoscope, a scientific instrument of optics but also magical toy, serves as metaphor for the aesthetic form of the narrative and its attempts to create new assemblages from bits and pieces of other texts, rendered in bursts of colors, shattered words, and narrative and lexical fragments. The kaleidoscopic turn of the novel casts new angles of vision on the play of identity and difference, the unseen and the unsaid. D’une reine silencieuse à la reine des mots, Marie Nimier franchit le pas. Faire silence n’est autre qu’écouter. Écouter paraît être un moyen de se mettre en attente pour dire à son tour. Dans Les Confidences, Marie Nimier prête l’oreille à des voix, devient la voix des autres. Mais que reste-t-il de la voix de Marie Nimier lorsqu’elle se fait porte-parole d’un ensemble. C’est l’anatomie du chœur de ces confidences que je souhaite étudier dans cette communication : rechercher la voix de Marie Nimier derrière celles, nombreuses et puissantes, de ceux qui se confient à elle. Que reste-t-il de la part de chacun ? Comment le style de Marie Nimier, ses thématiques de prédilection, son identité littéraire s’éclairent-ils derrière le miroir de l’autre ? Marie Nimier semble trouver son double dans les confidences qu’elle recueille dans son nouveau livre. À la manière du sosie rencontré à Baden-Baden, elle capte dans les aveux des candidats une part d’eux-mêmes qui n’est autre qu’un miroir tendu. Cette analyse portera sur le style des Confidences, ou sur la question d’une seule voix pour dire des voix. Dès l’épigraphe de La Plage, Nimier communique une forme d’injonction au lecteur : « Pour qu’une chose soit intéressante, il suffit de la regarder longtemps. Gustave Flaubert. » Elle nous donne la position privilégiée d’observateurs. Il faudra alors s’attarder sur le mot plage, voir se déployer le spectre de ses multiples signifiés dénotatifs et connotatifs, et lire le livre au rythme qu’elle vient de suggérer. Plus loin, alors que l’histoire de La Plage monte en puissance, l’auteure met en place un processus d’épuration, un égrenage qui remonte jusqu’à l’essentiel, met à nu et devient, chemin faisant, source de régénération. Capable d’enfanter, de multiplier toute histoire, ce processus touche ici autant le personnage dans sa vie que l’auteure dans son écriture. D’une part, je m’attacherai à la polysémie du mot plage pour montrer qu’il peut s’accompagner d’un phénomène de confusion de tout imaginaire avec celui de l’auteure. Dans ce contexte, je verrai l’auteure outrepasser les limites de la fiction et de la réalité, se passer des barrières spatio-temporelles et langagières, superposer forme et histoire, et de ce fait, développer une écriture hors normes, entre confusion, démesure, défi et superposition, en quelque sorte, une écriture transgressive. D’autre part, m’appuyant sur le concept de transtextualité de Gérard Genette, j’exposerai que Marie Nimier explore la transtextualité jusqu’à faire tomber les bornes de l’hypertextualité, se débarrasse des mots qui l’ont hantée depuis son enfance, qui l’ont enfermée dans l’histoire de la Reine du silence et aussi son histoire, de même qu’ils ont enfermé dans leurs histoires respectives les personnages qu’elle a déjà imaginés. Enfin, je proposerai que cette démarche libère de façon surréaliste les mots et les histoires de leurs entraves, et ouvre un espace de création individuel et collectif susceptible, à son tour, de métamorphoser les personnages et les histoires. L’une des caractéristiques esthétiques de l’œuvre narrative de Marie Nimier est sa capacité à refléter les questionnements qui l’habitent à travers un jeu de doubles. Se posant comme à l’affut d’elle-même, l’œuvre se profile à travers autant d’avatars que de formes d’art : de la photographie à la danse en passant par le théâtre, la musique, le dessin et l’écriture. Souvent portés par un personnage autre que le narrateur, ces langages se situent face à la parole du narrateur, tel un miroir déformant où l’écriture se mire, se reconnaît mais aussi se voit déplacée. Les études réunies dans cet ouvrage épousent, en l’explorant, cette diversité de perspectives et offrent une critique globale d’une œuvre qui s’affirme de plus en plus dans le paysage littéraire français.Le choix de la première personne pour raconter n’est jamais neutre, surtout quand dans l’ensemble de l’œuvre, certains ouvrages relèvent du genre strictement autobiographique. L’œuvre de Marie Nimier offre un riche terrain d’observation : sur treize romans publiés, dix sont écrits à la première personne, et quatre d’entre eux sont des autobiographies. Il s’agira d’étudier les différents dispositifs énonciatifs utilisés afin de dégager la tonalité autobiographique des récits, qui racontent tous une quête identitaire. Cette identité n’est jamais certaine : floue et flottante, elle s’incarne dans différents jeux de dédoublements, à l’image d’une duplicité réalité/fiction sur laquelle l’auteur joue constamment. Et c’est à l’écriture alors de faire le « point », d’élucider l’énigme identitaire et d’apporter une forme d’apaisement. À partir d'une séance photo commandée par « Paris Match » à Karl Lagerfeld en 2008 pour célébrer les écrivains de la rentrée, dont Marie Nimier, Photo-Photo se fait le récit d'un inattendu roman en train de s'écrire sous les yeux du lecteur. L’autoportrait en mouvement, entre passé et présent, d'une femme "réinventée" par Lagerfeld, posant devant son objectif, se fait prétexte pour mettre en scène l’histoire de l’écriture de ce roman. Comment la fiction investit et travestit la réalité dans un texte où elles s’allient, puisant tant dans l’intime d’un individu que dans l’acte de la création littéraire elle-même ? Ne serait-ce une affaire de vision concernant moins la représentation de soi que le processus de l’écriture dont l’enjeu est de plonger au cœur du geste de la création, pour donner à voir cette « toile impressionnante, qui aurait pu être considérée comme l’œuvre même, au-delà du roman » (PH, p. 191) ? Ce qui dessine certainement le mieux l'oeuvre de Marie Nimier, ce sont les personnages dits, par commodité, secondaires. Par exemple, Huguette Malo, dans Photo-Photo. Un ce des personnages qui permettent d'attaquer une oeuvre par des chemins de traverse, une manière parmi les plus fécondes pour pénétrer l'univers de Marie Nimier. Son oeuvre est pleine de chemins de traverse, de bifurcations, de sentiers campagnards, de chemins perdus.Nous nous disons libre dans notre manière d’utiliser notre langue. Tout du moins nous en avons l’impression alors que nous connaissons des situations contradictoires à cela. On se rend compte de problèmes de compréhension au sein de nos discussions quotidiennes, car derrière l’emploi de mots commun nous ne mettons pas le même ressenti, le même sentiment, le même sens. Ainsi, à travers un discours déclamé dans un temps donné est, une fois relu avec de la distance, vu comme erroné. Pourquoi un récit qui nous a paru vrai sonne soudainement faux ? Comment pouvons-nous nous retrouver face à un double discours ? Marie Nimier, à travers Celui qui court derrière l’oiseau, La Reine du silence et Les inséparables, nous pose la question de notre relation à la langue pour parvenir à se dire. Les questions de l’authenticité, du double récit, l’importance du signifiant sont abordées dans les œuvres de Marie Nimier. La Reine du silence s’ouvre sur une scène d’accident qui conduit la narratrice à un curieux aveux : « Il n’y a rien à raconter. » Force est pourtant de constater que ce rien où l’on craindrait voir le récit sombrer, à peine entamé, n’empêche pas la narratrice de trouver quelque chose à dire. L’écriture part ainsi à d’un silence fécond et c’est ce paradoxe que l’on situe au principe de l’œuvre de Nimier. Du rien qu’on y observe on peut donner trois manifestations qui vont de la cassure des personnages jusqu’à l’écriture de cette cassure en passant par l’expérience d’un langage vidé de sens. On constate alors que d’un rien à l’autre, d’une insignifiance à sa redite, le travail d’écriture se donne comme le lieu où s’accomplit une singulière alchimie du sens. Ni roman, ni recueil, ni récit, ni fiction, ni rapport, ni nouvelles, cet ouvrage transcende agilement les genres avec son “machin autour des confidences” pour faire converger transcription, description, inscription, prescription, souscription et même proscription. Loin de n’être qu’une suite de confessions accolées les unes aux autres et sans aucun rapport entre elles, le texte s’harmonise grâce à la présence de la narratrice qui y injecte une encre réceptive et qui façonne un pan kaléidoscopique de notre imaginaire.Le (beau) risque d’écrire. Ces entretiens littéraires menés par Karin Schwerdtner avec douze écrivaines contemporaines de diverses origines – Annie Ernaux, Chantal Chawaf, Marie Nimier, Linda Lê, Camille Laurens, Cécile Oumbani, Leïla Sebbar, Laurence Nobécourt, Hélène Lenoir, Sylvie Germain, Agnès Desarthe et Maryline Desbiolles – nous plongent d’entrée de jeu dans ce qu’est pour elles l’écriture, la lecture, la littérature ainsi que le risque qui y est associé. Un parcours passionnant et passionnel anime ces femmes qui ont choisi de vivre avec le plus qu’incertain de l’écriture. Tu uses, au terme provisoire de ta quête, de la botte de Noël comme celle de Nevers pour mettre à mort enfin l'ambiguïté de ton statut : parler ou se taire, tuer le silence ou faire taire le mort. In many life-writing projects, the seemingly innocuous description of heteroclite objects and how those objects are stored and recalled in fact plays an important role in demonstrating their importance to the process of memory work. At once the lingering traces of one’s past and also an aggregation of stories evoked by an examination of them, these curios focus attention on the relationship between the individual and the storage of memories. This article will focus on certain collectibles, collections and collectors that appear throughout the fictional, autobiographical and autofictional world that Marie Nimier has scripted to date. This textual cabinet of curiosities and the act of collecting more generally serve as a trope to connect memory with materiality, despite the numerous narrative voices that Nimier assumes—voices that move from a first-person “Marie Nimier” to an unnamed, although clearly identifiable first-person and even float between genders. Despite this nominal and narrational fluidity, objects function to guarantee recognition, both for the reader, and, especially, for the author herself. What is at stake in this intertextual assemblage of objects is not only the roles that they play in allowing the narrator to revisit past traumas and loss, but also in connecting the author’s presence to other, more fictionalized voices that above all signify the primacy of life-writing in her corpus.Abstract L’univers romanesque de Marie Nimier se caractérise des récits imaginatifs racontés par des voix narratives variées et amusantes. Combinant des éléments imaginaires avec un réalisme attentif à la société française des années ’80 jusqu’à nos jours, Nimier sait évoquer un monde de fiction qui brouille les deux, un univers de réalisme fantasmé. Dans le cas de son deuxième roman, La Girafe (1987), l’amour de Joseph, jeune gardien au zoo de Vincennes, pour sa charge, la girafe Hedwige, prend lieu dans une atmosphère carnavalesque, inquiétante, et étrangement comique. Nimier, en évoquant le pervers polymorphe des identités indécises et une abjection animale, pose la question des frontières floues entre soi et autrui, sujet et objet, dehors et dedans, animal et humain. Dans un roman de dédoublements troublants, Nimier fait réfléchir à la question de l’exclusion sociétale de ceux qui nous font peur par leur différence.Now to be sure, there is a far darker side of La Girafe, too, and it is not my objective to repress it. Neither do I intend to insist upon it, however, because what interests me is the brighter tale of interspecies love around which the novel is organized. That tale does not leave me indifferent. I am not immune to it, I’ll confess. And I'll wager that I’m not alone. Think of this, though: we may be perched right ion the most tolerant edge of the country here in San Francisco, but I’ll remind you that it’s a country that views interspecies love with a very jaundiced eye indeed. So hush! Whatever we may say in this room stays in this room, okay? Just as if we were creature some novel, inhabiting, together, some fictional world. " Motte, Warren.Contemporary French and Francophone Studies. “On Interspecies Love and Canine Tauromachy: A Prolegomenon,” (Volume 16: issue 4) 571-584. 2012.” Reprinted by permission of the publisher (Taylor & Francis Ltd, http://www.tandf.co.uk/journals)Dans La Reine du silence, Marie Nimier se confronte à la figure de son père, l’écrivain Roger Nimier, mort lorsqu’elle avait cinq ans. Elle y montre le poids qui pèse sur l’enfant d’écrivain, mais aussi celui de l’héritage du secret familial et de l’injonction au silence. La difficulté de l’élaboration de son récit de filiation se révèle dans les constants recommencements et reformulations, qui constituent la marque de la tension angoissante entre l’obligation de dire et celle de taire. In La Reine du silence, Marie Nimier confronts her father’s memory – the writer Roger Nimier, who died when she was five years old. The novel describes the burden of being a writer’s child, along with that of inheriting family secrets and submitting to a code of silence. The difficulty of recounting her relationship with her late father is evidenced by the narrator’s numerous “false starts” and her constant rewritings. The hesitant nature of the narration captures an anguish born of two irreconcilable obligations : the need to put things into words and the pressure to remain silent.Dans son acception psychologique, « réminiscence » signifie « retour à l’esprit d’une image dont l’origine (perception antérieure) n’est pas reconnue ». Plus joliment et plus expressivement, Joseph Joubert la définissait dans ses Pensées comme « l’ombre du souvenir ». Cet article se propose justement d’explorer tout un territoire d’ombres dans La Reine du silence, « récit de filiation » – pour reprendre la terminologie de Dominique Viart – grâce auquel Marie Nimier, en 2005, part courageusement, opiniâtrement, à la recherche du père que fut l’écrivain « hussard » Roger Nimier, tué dans un spectaculaire accident de voiture alors qu’elle venait tout juste d’avoir cinq ans. In its psychological sense, « reminiscence » means « return to the spirit of an image whose origin (previous perception) is not recognized ». More beautifully and more expressively, Joseph Joubert defined it in his Pensées as « the shadow of memory ». In its psychological sense, « reminiscence » means « return to the spirit of an image whose origin (previous perception) is not recognized ». More beautifully and more expressively, Joseph Joubert defined it in his Pensées as « the shadow of memory ». This article proposes to explore an entire territory of shadows in La Reine du silence, a « filiation’s narrative » – in Dominique Viart’s terminology – through which Marie Nimier, in 2005, courageously, obstinately, looks for what kind of father was the « hussar » writer Roger Nimier, killed in a spectacular car accident when she has just been five years old.En un blog anterior (17.11.2009) escribí sobre “El Africano” (2003) de Le Clézio, Premio Nobel 2008, obra que busca comprender a un padre ya muerto y al que poco o nada se ha conocido. En esa misma línea Marie Nimier, francesa como Le Clézio, escribe “La Reina del silencio”. El nombre de Marie Nimier no nos dice nada en Colombia; es más, me atrevería a decir que en América Latina tampoco es conocida. No sucede lo mismo en Francia. Allí, cuando se pronuncian las dos palabras que componen su nombre y apellido, puede observarse una estela luminosa, seguida de un silencio respetuoso y bien merecido.Présentation de l'éditrice : Dans son article « Living to Tell the Tale : Marie Nimier and Autobiographical Writing », Eilene Hoft-March rappelle que la recherche psychologique confirme que la narration est un mode naturel et peut-être même nécessaire du soi conscient, une façon de se voir en tant qu’être continue à travers le temps. Elle remarque qu’en essayant de narrer un récit autobiographique dans La Reine du Silence, Marie Nimier écrit sur les difficultés de construire une histoire, ce qui semble indiquer de vrais difficultés quant à la construction d’une identité. Eilene Hoft-March se penche alors sur l’aporie de la narration chez Marie Nimier qui perdure tout au long du livre et qui semble trouver son origine dans le désir que l’auteur a de construire non pas un sujet biographique, mais deux, le sien et celui de son père célèbre, Roger Nimier. Marie Nimier trébuche plusieurs fois sur des invraisemblances entre les narrations d’elle même qu’elle a écrites auparavant et les données publiques qu’elle recherche et découvre désormais sur son père. L’écrivain ne cesse de chercher un moyen de remédier au problème évident des versions incompatibles afin de trouver un moyen de réunir et la narration paternelle et celle filiale. En d’autres mots, Nimier construit un sujet reconnaissable en établissant une continuité narrative non seulement à l’intérieur d’un même sujet, mais aussi d’un sujet à l’autre.Note de l'éditrice : L’article « (Re)Writing the Self: Identity and Intertextuality in Les Inséparables » d’ Ana de Medeiros s’intéresse à la question de l’intertextualité de nombreux thèmes que l’on retrouve dans le dernier roman de Marie Nimier, Les Inséparables, thèmes qui reprennent ceux déjà abordés et approfondis dans les textes précédents de l’écrivaine. Ainsi Marie Nimier écrit Sirène en 1985, et c’est presque deux décennies plus tard que dans La Reine du Silence, elle s’interroge sur le processus qui a abouti à ce premier roman. Par exemple, en devenant écrivaine, Marie Nimier répondait-elle obscurément à la question provocatrice de son père (l’auteur célèbre Roger Nimier): « Que dit la reine du silence ? » ? S’agissait-il de relever le défi paternel ? Marie Nimier se souvient: « Très jeune, je me mis à faire chambre à part avec moi-même, très jeune et jusqu’au grand plongeon dans la Seine. J’étais à la fois la petite fille pleine de vie […] et l’enfant grave qui s’ennuyait. » Cette tendance à se séparer en deux est liée sans doute au défi paternel devenu le dilemme de sa jeunesse: se taire ou écrire ? S’agissant des Inséparables Nimier dit que la narratrice et Léa sont « Deux corps réels, deux corps fictifs, aussi, indissociables, inséparables. » Ana de Medeiros montre alors que dans ce dernier roman, la scission psychique de Marie Nimier jeune se trouve reflétée dans les destins pas tout à fait jumeaux de deux « inséparables. »Note de l'éditrice : Dans « Translating Marie Nimier », John Fletcher s’appuie sur son expérience en tant que traducteur de fiction contemporaine française et en particulier des travaux de Marie Nimier pour examiner les difficultés de traduction spécifiques à ces derniers et mettre en valeur certains problèmes du traducteur, surtout quand il s’agit de trouver le registre et le ton justes pour faire passer celui du français de Marie Nimier. Pour ce faire, John Fletcher se sert d’extraits qu’il a traduits il y a plusieurs années pour un éditeur qui avait acquis les droits de publication pour la version anglaise de Celui qui court derrière l’oiseau mais qui fut finalement dans l’incapacité d’exécuter l’accord fait avec Gallimard qui a alors récupéré les droits. Ensuite, il se tourne vers la traduction d’ « Un enfant disparaît » que nous avions publié, lui et moi, en collaboration dans la Cincinnati Romance Review. Il discute enfin des quatre textes de Vous dansez ? qu’il a traduits pour le présent volume qui présentent leurs propres défis pour le traducteur, mais pour lesquels il a eu la chance de pouvoir être en contact directement avec l’auteur pour obtenir ses conseils. Présentation de l'éditrice : Dans son article « La Nouvelle Pornographie ou le corps-à-corps avec l’Ange du Foyer », Joёlle Papillon s’intéresse au personnage auto-fictif de Marie Nimier qui joue au pornographique tout en se jouant du pornographique. La narratrice y démontre sa résistance au pornographique par le biais de judicieux déplacements sémantiques et symboliques, et par un usage de la rhétorique qui permet de garder celui-ci à distance. L’écriture pornographique demeure pourtant une source de désir et de tentations pour la protagoniste, qui oscille entre fascination et répulsion. Si elle s’approche de l’émotion pornographique, l’Ange du Foyer est prompt à intervenir pour la censurer et la ramener sur le droit chemin de la décence. A la clef de son analyse, Joёlle Papillon montre en quoi La Nouvelle Pornographie soulève la question de la possibilité même de l’existence d’une écriture pornographique au féminin.Présentation de l'éditrice L’article de Nora Cottille-Foley intitulé « Corporéité et métalepse dans La Nouvelle Pornographie de Marie Nimier » s’attache, quant à lui, à éclairer l’aplatissement des espaces intra-diégétiques et extra-diégétiques à l’œuvre dans La Nouvelle Pornographie selon lesquels le texte prend corps tandis que le corps se révèle n’être que langue et langage. Cottille-Foley montre que le texte est construit en une série vertigineuse de métarécits qui, tels un château de sable, s’aplatissent sous les coups de pelle en métalepse ludique assénés par une écrivaine jubilante. Sous les décombres de cette transgression des niveaux du récit, le roman nous donne à comprendre que le Moi est un assemblage contradictoire de textes hétéroclites dont font partie tout aussi bien la pornographie—dont les intérêts capitalistes sont d’ailleurs dénoncés—que les contes de fées—dénoncés quant à eux pour leur idéologie matrimoniale. Pour exprimer la problématique profusion contemporaine de messages stéréotypés, l’auteur a recours à l’image de la sirène, dont elle avait développé les possibilités narratives dans un roman précédent, Sirène. Le dénouement de La Nouvelle Pornographie constate la déchéance des modèles antiques, alors qu’un briquet en forme de sirène roule dans le caniveau, et fait retentir la discordance d’une irréconciliable polysémie tandis qu’un camion de pompiers emporte la narratrice dans la nuit, sous les hurlements d’une sirène. Présentation de l'éditrice, Jeanne-Sarah de Larquier Dans son article « Cultural Displacements in Marie Nimier’s La Girafe » Walter Putman examine le roman La Girafe dans le contexte d’un épisode emblématique dans la rencontre culturelle entre l’Afrique et l’Europe: l’arrivée en 1827 de la première girafe sur sol français depuis l’antiquité. Nimier fait référence au conte historique de Zarafa, tandis que son personnage principal, Joseph, devient le gardien de la girafe de notre temps au zoo de Vincennes. Il s’identifie aussi à l’un des gardiens de girafe précédent alors que Marie Nimier tisse un conte sur l’identité post coloniale, la politique de la diaspora, et le désir érotique. Walter Putman propose alors une lecture de La Girafe à la lumière des relations humaines avec des animaux ou non–humains, notamment dans le contexte du déplacement en masse de larges mammifères africains dans les zoos et cirques d’Europe et d’Amérique du Nord. Putman s’intéresse aux signifiants culturels impliqués par ces transfères ainsi qu’à l’exhibition de ces animaux pour tenter de mieux comprendre les relations coloniales, et les perceptions du monde occidental des pays d’origine de ces animaux. Notamment, il note que la présence d’espèces exotiques contribue à un sens moderne de l’émerveillement et de la curiosité. Dans le roman de Nimier, Joseph explore sa solitude et son étrangeté au travers de la perception qu’il a de sa relation avec la girafe. Putman s’attarde sur cet exemple pour discuter de la domination des humains sur les animaux et de certaines des façons dont ils sont réduits à l’état d’objet pour satisfaire à nos besoins personnels. Enfin, la girafe lui permet d’aborder les thèmes de la performance et de la circulation des animaux parmi les humains dans un contexte à la fois historique et contemporain.Note de l'éditrice : « Repetition with a Difference : Returning a Voice to the Little Mermaid in Marie Nimier’s Sirène and La Reine du Silence » de Deborah Gaensbauer montre que Marie Nimier se sert respectueusement mais parodiquement du conte de Hans Christian Andersen “La petite sirène” alors qu’elle confronte l’expérience traumatisante d’être issue d’une famille qu’elle décrit comme « un conte de fée qui se termine mal ». Dans le conte d’Anderson, sorte de compromis vers une forme humaine qui implique et une perte et une mutilation de la parole, la petite sirène représente d’une façon très contemporaine la synthèse échouée d’un soi divisé. Nimier, surnommée « sirène des pompiers » par sa mère mais affectueusement tenue silencieuse par le titre « reine du silence » imposé par son père mort dans un accident de voiture alors qu’elle n’avait que cinq ans, voit son identité à la fois brouillée et amputée du fait de ce refus à la parole qui lui est fait. Dans cet article Deborah Gaensbauer retrace le processus de l’écriture et de la réécriture d’expériences traumatisantes comme une fusion négociable avec un double de soi qui prend la forme d’une sirène de conte de fée et qui permet à Nimier de récupérer sa voix dans La Reine du Silence qu’elle appréhende comme un roman explicitement autobiographique plutôt que autofictionnel. Dans son article « Fiction et espace autobiographique chez Marie Nimier : de son premier roman Sirène à son dernier, Les Inséparables » Jeanne-Sarah de Larquier propose de parcourir l’écriture de Marie Nimier de Sirène aux Inséparables à la lumière des définitions de Philippe Lejeune des roman et espace autobiographique tels qu’énoncés dans Le Pacte autobiographique. Je développerai comment jusqu’à La Reine du Silence Marie Nimier confronte narrateurs, modèles, et personnages fictionnels ou non pour confondre auteur, narrateur, et personnage en concluant un pacte autobiographique qui lui ouvre son propre espace autobiographique qu’elle animera dans Les Inséparables. Chez Camille Laurens et Nelly Arcan, la littérature se fait "le tombeau de l'amour", témoignant de sa disparition progressive puis de sa mort, disséquant son cadavre afin de déterminer les causes du décès et de porter accusation contre les coupables. Au banc des accusés se retrouvent le désir et la différence sexuelle, puisque hommes et femmes ne savent pas ou plus se désirer. Dans les récits d'Arcan comme chez Marie Nimier, le rapport pornographique a pris la place du rapport amoureux qui semble obsolète — bien que les personnages féminins le recherchent toujours ardemment. Cette communication se propose d'étudier la mise en texte des ratages de l'amour dans quelques récits de femmes contemporains afin de dégager les diverses articulations de l'amour, du désir et de la différence sexuelle présentes dans ces œuvres, dans la visée d'interroger la portée sociopolitique de telles représentations de l'amour au féminin: la libération des femmes peut-elle faire l'économie du désenchantement? Depuis l'automne 2005 et sa rencontre avec Dominique Boivin, Marie Nimier travaille régulièrement avec des chorégraphes et des danseurs. Ainsi est né le spectacle À quoi tu penses ? (textes publiés chez Gallimard sous le titre Vous dansez ?), puis Les Inséparables, lecture dansée (avec Claudia Gradinger), spectacle en tournée actuellement avec l'actrice Fanny Cottençon. Elle a collaboré également au dernier spectacle de Daniel Larrieu, LUX. Cette étude revient sur la genèse et la mise en forme du travail avec Dominique Boivin, et plus largement sur les rapports qu'entretiennent dans ce spectacle la littérature et la danse. Monologue intérieur, dialogue avec ses partenaires, examen de conscience, remise en question : l'artiste apparaît ici dans sa grandeur et ses misères, tandis que les pensées nourrissent son mouvement. Texte donné par les danseurs, texte tombant des hauts-parleurs; vidéo live, images enregistrées : la voix dans À QUOI TU PENSES ? est une parole (...) qui s'anime par le corps du danseur. Elle ne raconte pas, mais incarne la pensée pour se faire corps. Le corps du danseur donne vie et corps à la voix du texte. La parole ne remplace pas le geste, elle "se fait" geste, "parole incarnée".Le jeu de La nouvelle pornographie se révèle donc dangereux non seulement pour le personnage de l’écrivaine qui y prête son nom, mais aussi pour le lecteur. Avec son titre aguicheur et son premier chapitre osé, La nouvelle pornographie fait semblant – mais semblant seulement – d’inviter une lecture "à une seule main". Tout en empruntant le masque du pornographique, l’œuvre s’en détache, afin d’affirmer a contrario une critique du pornographique et de ce que la narratrice nomme "le grand déballage" (NP: 110) de l’intime. Le résultat est un texte hybride, qui pose beaucoup de questions et répond à côté. En cela, l’œuvre de Nimier rejoint un courant contemporain identifié entre autres par Elisabeth Ladenson, qui réutilise des moyens pornographiques avec une visée autre (2004: 87). D'une manière documentaire, Marie Nimier explore l'autofiction, Photo-Photo appartient au genre, abandonnant la douteuse auto- biographie au profit d'une littérature hautement fictionnelle. L'auteur n'a pas à dire la vérité des faits, mais utilise l'intime comme ressource sensible, et a le droit de mentir, d'inventer ou de mettre en place un dispositif donnant à l'existence un contenu aussi immatériel que celui de l'écriture romanesque. La structure de ce roman emprunte explicitement à l'art contemporain, ou plus précisément à la littérature d'artistes, que je différencie ici, par souci de cohérence, des écrivains. Edouard Levé est la figure que l'auteur convoque pour rassembler un itinéraire distribué au hasard.Je danse parce que je sais une chose : un corps est vivant et l'instant d'après, il est mortLe journal de bord oppose au tragique ou à l'oubli les éclats de la vie la plus quotidienne, bribes triviales, cocasses, familières, tendres, qui sont ici autant d'obstacles et de barrages - jusqu'à l'épopée de l'impossible passage du permis de conduire qui riposte à merveille au culte paternel de l'automobile. Voyage à travers les époques, à travers les états d'âme, voyage à travers les corps : l'enfant, l'adolescente, la jeune fille, la jeune femme, la jeune mère - jusqu'à sa fascination pour les sirènes : c'est Marie Nimier qui cherchait, évidemment, à se retrouver. Elle se tient toute droite au milieu de son livre. Tant Marie Nimier que Raphaëlle Billetdoux travaillent les appellations qu’avaient pour elles leurs pères écrivains pour reconstruire et peut-être inventer ces figures de pères desquels l’une comme l’autre ont peut-être volé ou tout au moins hérité la parole. Ce complexe travail de la filiation et de l’origine leur permet de traiter de la question d’avoir écrit à leur suite. Plan de l'article : Donner une figure au père : de la quête à la réparation Le travail de filiation ou le détour par l’autre pour revenir à soiThe notion of crime crosses generic, disciplinary and cultural frontiers. In an era of identity fraud, eco-crime and global terrorism, this collection moves towards a reconsideration of crime in the French and Francophone literary and cultural imagination. How have our conceptions of'criminal'behaviour developed? How has the French genre of crime fiction, encompassing, but not limited to, the polar, the roman policier and film noir, evolved and reinvented itself?Les années passant, je reste profondément une romancière (quelqu'un qui lit des romans, qui en écrit) même lorsque j'aborde quelque chose qui peut apparaître comme un récit ou même un témoignage - au risque que le lecteur prenne pour argent comptant ce qu'il lit, sans en mesurer la part d'invention.I was, in a way, seduced into translating Nimier’s novel; it was like a temptation I could not resist, probably magnified by the taboo it represented for me. The questions examined in the following pages spring from the challenges I encountered during this process. However, before delving into the central translation discussion, I will first touch on two foregrounding topics, namely: the key terms “pornography” and “erotica” followed by a brief overview of the role of feminism in relation to the pornography debate. These preliminary considerations are offered as a kind of platform from which to contemplate Nimier’s novel as well as my translation commentary in which I zoom in on the erotics of reading, writing and translating and reveal the numerous difficulties faced during the translation process. La pornographie: un sujet qui interpelle. Passées les réponses sous forme de projections individuelles, au-delà de la prise de conscience de l’approche herméneutique qui, à la manière d’un publicitaire, fait la promotion de la pornographie élargissant sa signification au rang de symbole, de culte de notre société, si l’on s’interroge sur un tel choix, nous nous rendons rapidement compte qu’il n’y a pas un choix mais une dynamique de choix utilisée par Marie Nimier pour expliquer le métier d’écrivain, et plus précisément le sien en accord avec elle-même à ce moment-là de sa vie de romancière et s’inscrire pour la première fois dans « sa génération ». Avant de pouvoir adopter l’article défini « la », pour son intitulé « La Nouvelle Pornographie », elle aura détaillé et cherché à appréhender « une » pornographie particulière à chacun. Du « je » aux « autres », de l’écrivain isolé à dessein « au lecteur privilégié qui représente tous les autres », sans négliger les « inconnus » qu’il aurait peut-être été « plus facile d’interroger », se dégage une notion de pornographie nécessaire tant pour justifier le personnage de l’écrivain qui va l’écrire sous nos yeux avec la plume de Marie Nimier qui se dévoile à son tour, que pour élargir le sujet du roman lui-même de ce fait ouvert. Marie Nimier’s funny and subversive book, L’Hypnotisme à la portée de tous (1992), reads like a screenplay and was made into a movie (Dormez, je le veux! 1998). The novel is in direct dialogue with films as Patrice Leconte’s La fille sur le pont (1999), Catherine Breillat’s Romance (1999), Joseph Lewis’s Gun Crazy (1949), and Jean-Pierre Améris’s Mauvaises Fréquentations (1999). Nimier’s novel is stylistically filmic and treats the themes that appear in these films, namely, submission, sexuality, and violence. Nimier’s writing reveals that in discussing the subtle questions of power through passivity, subversive fantasies, and sexual domination, we must continue to interrogate the novel. Even if contemporary French literature is itself becoming more and more filmic and visually driven, the novel still offers unique possibilities for discussing and imagining changes in gender politicsTaking issue with those critics who suggest that Nimer’s latest work, La Reine du Silence, marks a break with the author’s existing corpus in that it (finally) confronts the figure of the father, this article regards La Reine du Silence as both an interpretive grid for reading Nimier’s earlier novels and a text which offers a degree of resolution in relation to previously represented engagements with the (absent) father in Nimier’s work. Drawing on Freud’s theory of the “family romance,” the article identifies, across the full extent of Nimier’s œuvre, a series of points de re-père, figures of paternal authority, which are echoed at the level of the writing itself by a number of textual motifs. These figures bring about a splitting and a silencing of the narrators and protagonists, which can only be overcome, especially for the female protagonists, through the latter’s own acts of authorship.Au gré d’un parcours autobiographique, Marie Nimier dans La Reine du Silence explore cette réalité intraduisible qu’est le labyrinthe du deuil, de la mort. Dans une quête irrépressible de la survie, maniant la langue avec un humour et des images décapants, son salut est son style. Jouant sur le caractère infini du langage, Marie Nimier impose sa griffe dans une danse sur la page, repoussant les frontières du tissu textuel. Dans un ballet de métaphores allié au vêtement et au corps, le chemin de la reconnaissance passe l’isotopie de la sirène, image d’un malaise sous-jacent amorcé dès Sirène, titre de son premier roman. Par l’exploration de l’écriture, la sirène, Marine puis Marie, à son corps défendant, va prendre son envol et trouver son réseau aérien. Perpétrant cet engrenage langagier de l’écriture, La Reine brise le Silence qui la tenait « prise au piège de l’intelligence paternelle » (145). Le défi est relevé. En renaissant dans le texte, la sirène s’est recomposée et peut écrire en son nom, au nom de Nimier.Depuis environ 1920 le paysage littéraire français reconnaît sous les traits du patronyme Nimier le grand romancier Roger Nimier. Il semble que dès 1985 sa fille, elle-même, offre son regard à la physionomie de ce paysage : un regard ambiguë, doublement jeune, de femme et d’écrivain. Je propose ici d’explorer comment cette dernière évolue dans l’univers de ses textes tandis qu’elle écrit buste de sirène, silhouette de femme, d’homme orchestrant de dos, corps générique reproducteur ou temporel, corps érotisé jusqu’à se perdre dans le blanc de la page, confondant finalement corps et corps de texte. D’autre part je retracerai jusqu’où, comme la plupart de ses personnages, en pleine mouvance, étrangers à toute ambition de démarche, ces textes lui sont devenus des prétextes à ré-orthographier un prénom, un nom, son nom, ce patronyme Nimier qui, paré d’une calligraphie de lettres nouvelles et de figures de style croustillantes, lui permettent de découvrir son propre visage, mais aussi de faire découvrir à une génération nouvelle d’auteurs et de lecteurs un autre visage Nimier, le sien. Corps et visage s’apparentent ainsi à l’écriture qui est devenue mère porteuse d’identité et qui, chemin faisant, rivalisant de créativité avec elle-même pourra dans La Reine du Silence permettre à Marie Nimier d’écrire une autobiographie qui lui accorde une double reconnaissance : la sienne et celle de son père. Pleins et des déliés délient la langue de Marie, reine du Silence, qui enfin, à la première personne du singulier, pour sa génération et pour elle-même peut répondre à la question maudite que son père lui posa lorsqu’elle avait cinq ans : « Que dit la Reine du Silence ? »L’univers romanesque de Marie Nimier témoigne d’une narrativité rocambolesque, d’une hybridité générique, et de la mise en place d’un réalisme fantasmé et raconté par des voix narratives variées et amusantes. Avant la parution de La Reine du Silence en 2004, récit explicitement autobiographique mais encore récit sur son père, Roger Nimier, mort en 1962 quand Marie Nimier n’avait que cinq ans, le thème de la paternité littéraire joue un rôle important, bien qu’en filigrane, dans les textes. À partir de la notion freudienne du pervers que Julia Kristeva évoque et approfondit dans Le Génie féminin au sujet de l’œuvre de Colette, cet essai explore le sens du pervers, ou père en vers, chez Nimier fille. En particulier, on peut discerner dans certains des romans de Marie Nimier la quête d’un nom de père sous forme d’enquête policière. Dans un renouvellement du genre policier, Nimier mélange l’herméneutique (la déduction raisonnée du détective, le symbolique) et l’affectif (l’intuition, le sémiotique) réalisant un polar sentimental et autobiographique qui s’apparente à la cure psychanalytique. Le mythe d’Œdipe joue ici le rôle du moteur de la recherche.This article is the result of a seminar where le discours amoureux was examined in several twentieth century French novels. I focus on two of them: Le Coup de grâce, by Marguerite Yourcenar, and La Nouvelle Pornographie, by Marie Nimier. A look at le discours amoureux in these novels demonstrates that the language of love is a problematic thing. However, in spite of the faulty or carefully circumscribed rapport between lovers or potential lovers, the elusiveness of fusional relationships, and the pervasive incomprehension between speaking subjects, these novels produce a surprising affirmation of the power of language and of writing to create a space, a discursive site, where singular individuals can meet authentically and where a fragile tenderness is possible. I propose that a necessary element of this precarious space is the condition of abjection as described by Julia Kristeva in Les Pouvoirs de l’horreur. Kristeva’s definition of the abject is compared to Nimier’s use of the term and Nimier’s conception of the truly obscene. Parallels are made between the loathing, treachery, and rejection Kristeva names as abject, and the behavior of characters in Yourcenar’s and Nimier’s novels. The contrast between the preverbal nature of the abject and the safeguard of literary form to frame and express it is presented with reference to Philippe Sollers’ novel, Portrait du joueur, and is related both to Kristeva’s concept of the abject and to its representation in the three novels. I conclude with the examination of the abject element characteristic of any literary work and of literature as the space where love and abject loathing are not mutually exclusive but are the double face of true intimacy.En comparant quelques romans de l’extrême contemporain français qui présentent la figure du père, tant réel que fictionnel, cet article vise à déjouer les mécanismes d’une écriture de la filiation dans les pratiques actuelles, notamment dans les choix de Marie Nimier. L’enquête et la réflexion métascripturale accompagnent l’analyse des ellipses parsemées tout le long du texte comme graduelle prise de conscience d’une limite à explorer et à repousser continuellement au nom d’une série de témoignages tout à fait extérieurs à la relation entre père et fille dessinée dans La Reine du Silence. Cet aspect tend à rendre explicite la difficulté à gérer la figure du père, en dévoilant la technique du « gant » qui semble revêtir un espace défini à priori et apparemment déjà codifié, mais qui, au fond, n’habille pas l’écriture. L’exigence de créer des vides, la nécessité de jouer sur les prises de distance finissent par mettre au point des formes de renversements capables de questionner l’approche identitaire, souci particulièrement évident dans la prose française d’aujourd’hui qui remet en cause toute dimension généalogique, comme le témoignent, entre autres, Eau sauvage de Valérie Mréjen, Le Cri du sablier de Chloé Delaume et Mon père d’Éliette Abécassis.This paper situates La Nouvelle Pornographie within the context of debates around the terms “women’s writing” and écriture féminine, arguing that whilst her protagonist Marie is concerned with the articulation of a female eroticism defined in opposition to the male, Nimier herself offers us a model of “otherness” and desire which transcends simplistic gender binaries. I argue that through her use of the autofictional narrative voice Nimier explores writing as a site of self-transformation in which the author/narrator can act out alternative visions of her self. Through the relationships both between narrator and protagonist, and between Marie and Aline, Nimier explores a realm of ambiguity which is both pleasurable and disturbing, and within which gender roles can be enacted and ultimately subverted. Marie’s fantasies reverse the conventional gendered structure of desire, positing the female as active desiring subject and the male as passive object, before going one step further to suggest the possibility of a lesbian desire which transcends this gender binary. Thus, my reading of the text identifies Gabriel, the apparent object of Marie’s romantic desires, as in fact the point of articulation of a love triangle through which Marie’s desire for Aline is mediated. Through this triangular pattern of desire Nimier explores the pleasures of the ambiguous and the undecidable as the site of a jouissance which both excites and disturbs, and which gives the text itself its peculiarly seductive quality.Comment en vouloir à quelqu'un qui n'existe pas, qui ne vous manque pas, que l'on a proprement gommé de sa vie ?J’ai choisi de réaliser une série de pastiches sur un mode dual. Le principe de base consiste à former des couples composés d’un auteur « classique » et d’un auteur contemporain. Ici, deux extraits des oeuvres de Marcel Proust et de Marie NimierIl existe peu d'études sur l'intime, l'intimité, l'intimisme. De ce constat est né l'ouvrage collectif composé d'une série d'approches variées susceptibles de saisir l'intérêt et la difficulté de proposer une définition de l'intimité et, plus particulièrement, de l'intimité au 20e siècle. Placée sous le signe de l'interdisciplinarité, le volume rend compte de la polyphonie du thème dans la réalité sociale, artistique et littéraire du siècle dernier. Son principal objectif est d'appréhender la (les) définition(s) de l'intime que les créations littéraires et artistiques contemporaines proposent.Il existe peu d'études sur l'intime, l'intimité, l'intimisme. De ce constat est né l'ouvrage collectif composé d'une série d'approches variées susceptibles de saisir l'intérêt et la difficulté de proposer une définition de l'intimité et, plus particulièrement, de l'intimité au 20e siècle. Placée sous le signe de l'interdisciplinarité, le volume rend compte de la polyphonie du thème dans la réalité sociale, artistique et littéraire du siècle dernier. Son principal objectif est d'appréhender la (les) définition(s) de l'intime que les créations littéraires et artistiques contemporaines proposentJ'ai dit que ce livre m'avait rendu Marie Nimier incroyablement proche. J'aurais pu dire, aussi, inaccessible. Comme peut l'être une petite fille qui se tait et vous regarde droit dans les yeux sans sourire. Curieusement, c'est exactement l'effet que me fait ce livre, une fois refermé. Comme s'il était elle. Comme si, d'avoir réussi à y faire exister cet homme brillant et paradoxal qui eut tant de mal à être, pour elle, un père, son texte avait réussi du même coup à incarner cette petite fille muette qu'elle était en face de lui, " la Reine du Silence " comme il l'avait baptisée. Avec ce livre superbe dont on imagine qu'il marquera, dans son œuvre, non seulement une pause comme elle le suggère, mais un tournant, Marie Nimier rompt le charme où l'enfermait la parole de son père et brise le silence dont on imagine qu'il fut, des années durant, la prison transparente dont seule la littérature lui permettait de sortirHeureux lecteur qui va découvrir Marie Nimier. Il apprendra d'elle, en petites phrases limpides et frappantes, que les hommes, les mouettes et les fars aux pruneaux n'arrêtent pas d'entretenir à leur insu des quantités de relations insoupçonnées, fraternelles ou hostiles, sentimentales ou extravagantes.(...)



Responsable de la rubrique : Jeanne-Sarah de Larquier