Travaux Universitaires

Bari : Edizioni B.A.GraphisMarie Nimier’s funny and subversive book, L’Hypnotisme à la portée de tous (1992), reads like a screenplay and was made into a movie (Dormez, je le veux! 1998). The novel is in direct dialogue with films as Patrice Leconte’s La fille sur le pont (1999), Catherine Breillat’s Romance (1999), Joseph Lewis’s Gun Crazy (1949), and Jean-Pierre Améris’s Mauvaises Fréquentations (1999). Nimier’s novel is stylistically filmic and treats the themes that appear in these films, namely, submission, sexuality, and violence. Nimier’s writing reveals that in discussing the subtle questions of power through passivity, subversive fantasies, and sexual domination, we must continue to interrogate the novel. Even if contemporary French literature is itself becoming more and more filmic and visually driven, the novel still offers unique possibilities for discussing and imagining changes in gender politicsTaking issue with those critics who suggest that Nimer’s latest work, La Reine du Silence, marks a break with the author’s existing corpus in that it (finally) confronts the figure of the father, this article regards La Reine du Silence as both an interpretive grid for reading Nimier’s earlier novels and a text which offers a degree of resolution in relation to previously represented engagements with the (absent) father in Nimier’s work. Drawing on Freud’s theory of the “family romance,” the article identifies, across the full extent of Nimier’s œuvre, a series of points de re-père, figures of paternal authority, which are echoed at the level of the writing itself by a number of textual motifs. These figures bring about a splitting and a silencing of the narrators and protagonists, which can only be overcome, especially for the female protagonists, through the latter’s own acts of authorship.Au gré d’un parcours autobiographique, Marie Nimier dans La Reine du Silence explore cette réalité intraduisible qu’est le labyrinthe du deuil, de la mort. Dans une quête irrépressible de la survie, maniant la langue avec un humour et des images décapants, son salut est son style. Jouant sur le caractère infini du langage, Marie Nimier impose sa griffe dans une danse sur la page, repoussant les frontières du tissu textuel. Dans un ballet de métaphores allié au vêtement et au corps, le chemin de la reconnaissance passe l’isotopie de la sirène, image d’un malaise sous-jacent amorcé dès Sirène, titre de son premier roman. Par l’exploration de l’écriture, la sirène, Marine puis Marie, à son corps défendant, va prendre son envol et trouver son réseau aérien. Perpétrant cet engrenage langagier de l’écriture, La Reine brise le Silence qui la tenait « prise au piège de l’intelligence paternelle » (145). Le défi est relevé. En renaissant dans le texte, la sirène s’est recomposée et peut écrire en son nom, au nom de Nimier.Depuis environ 1920 le paysage littéraire français reconnaît sous les traits du patronyme Nimier le grand romancier Roger Nimier. Il semble que dès 1985 sa fille, elle-même, offre son regard à la physionomie de ce paysage : un regard ambiguë, doublement jeune, de femme et d’écrivain. Je propose ici d’explorer comment cette dernière évolue dans l’univers de ses textes tandis qu’elle écrit buste de sirène, silhouette de femme, d’homme orchestrant de dos, corps générique reproducteur ou temporel, corps érotisé jusqu’à se perdre dans le blanc de la page, confondant finalement corps et corps de texte. D’autre part je retracerai jusqu’où, comme la plupart de ses personnages, en pleine mouvance, étrangers à toute ambition de démarche, ces textes lui sont devenus des prétextes à ré-orthographier un prénom, un nom, son nom, ce patronyme Nimier qui, paré d’une calligraphie de lettres nouvelles et de figures de style croustillantes, lui permettent de découvrir son propre visage, mais aussi de faire découvrir à une génération nouvelle d’auteurs et de lecteurs un autre visage Nimier, le sien. Corps et visage s’apparentent ainsi à l’écriture qui est devenue mère porteuse d’identité et qui, chemin faisant, rivalisant de créativité avec elle-même pourra dans La Reine du Silence permettre à Marie Nimier d’écrire une autobiographie qui lui accorde une double reconnaissance : la sienne et celle de son père. Pleins et des déliés délient la langue de Marie, reine du Silence, qui enfin, à la première personne du singulier, pour sa génération et pour elle-même peut répondre à la question maudite que son père lui posa lorsqu’elle avait cinq ans : « Que dit la Reine du Silence ? »L’univers romanesque de Marie Nimier témoigne d’une narrativité rocambolesque, d’une hybridité générique, et de la mise en place d’un réalisme fantasmé et raconté par des voix narratives variées et amusantes. Avant la parution de La Reine du Silence en 2004, récit explicitement autobiographique mais encore récit sur son père, Roger Nimier, mort en 1962 quand Marie Nimier n’avait que cinq ans, le thème de la paternité littéraire joue un rôle important, bien qu’en filigrane, dans les textes. À partir de la notion freudienne du pervers que Julia Kristeva évoque et approfondit dans Le Génie féminin au sujet de l’œuvre de Colette, cet essai explore le sens du pervers, ou père en vers, chez Nimier fille. En particulier, on peut discerner dans certains des romans de Marie Nimier la quête d’un nom de père sous forme d’enquête policière. Dans un renouvellement du genre policier, Nimier mélange l’herméneutique (la déduction raisonnée du détective, le symbolique) et l’affectif (l’intuition, le sémiotique) réalisant un polar sentimental et autobiographique qui s’apparente à la cure psychanalytique. Le mythe d’Œdipe joue ici le rôle du moteur de la recherche.This article is the result of a seminar where le discours amoureux was examined in several twentieth century French novels. I focus on two of them: Le Coup de grâce, by Marguerite Yourcenar, and La Nouvelle Pornographie, by Marie Nimier. A look at le discours amoureux in these novels demonstrates that the language of love is a problematic thing. However, in spite of the faulty or carefully circumscribed rapport between lovers or potential lovers, the elusiveness of fusional relationships, and the pervasive incomprehension between speaking subjects, these novels produce a surprising affirmation of the power of language and of writing to create a space, a discursive site, where singular individuals can meet authentically and where a fragile tenderness is possible. I propose that a necessary element of this precarious space is the condition of abjection as described by Julia Kristeva in Les Pouvoirs de l’horreur. Kristeva’s definition of the abject is compared to Nimier’s use of the term and Nimier’s conception of the truly obscene. Parallels are made between the loathing, treachery, and rejection Kristeva names as abject, and the behavior of characters in Yourcenar’s and Nimier’s novels. The contrast between the preverbal nature of the abject and the safeguard of literary form to frame and express it is presented with reference to Philippe Sollers’ novel, Portrait du joueur, and is related both to Kristeva’s concept of the abject and to its representation in the three novels. I conclude with the examination of the abject element characteristic of any literary work and of literature as the space where love and abject loathing are not mutually exclusive but are the double face of true intimacy.En comparant quelques romans de l’extrême contemporain français qui présentent la figure du père, tant réel que fictionnel, cet article vise à déjouer les mécanismes d’une écriture de la filiation dans les pratiques actuelles, notamment dans les choix de Marie Nimier. L’enquête et la réflexion métascripturale accompagnent l’analyse des ellipses parsemées tout le long du texte comme graduelle prise de conscience d’une limite à explorer et à repousser continuellement au nom d’une série de témoignages tout à fait extérieurs à la relation entre père et fille dessinée dans La Reine du Silence. Cet aspect tend à rendre explicite la difficulté à gérer la figure du père, en dévoilant la technique du « gant » qui semble revêtir un espace défini à priori et apparemment déjà codifié, mais qui, au fond, n’habille pas l’écriture. L’exigence de créer des vides, la nécessité de jouer sur les prises de distance finissent par mettre au point des formes de renversements capables de questionner l’approche identitaire, souci particulièrement évident dans la prose française d’aujourd’hui qui remet en cause toute dimension généalogique, comme le témoignent, entre autres, Eau sauvage de Valérie Mréjen, Le Cri du sablier de Chloé Delaume et Mon père d’Éliette Abécassis.This paper situates La Nouvelle Pornographie within the context of debates around the terms “women’s writing” and écriture féminine, arguing that whilst her protagonist Marie is concerned with the articulation of a female eroticism defined in opposition to the male, Nimier herself offers us a model of “otherness” and desire which transcends simplistic gender binaries. I argue that through her use of the autofictional narrative voice Nimier explores writing as a site of self-transformation in which the author/narrator can act out alternative visions of her self. Through the relationships both between narrator and protagonist, and between Marie and Aline, Nimier explores a realm of ambiguity which is both pleasurable and disturbing, and within which gender roles can be enacted and ultimately subverted. Marie’s fantasies reverse the conventional gendered structure of desire, positing the female as active desiring subject and the male as passive object, before going one step further to suggest the possibility of a lesbian desire which transcends this gender binary. Thus, my reading of the text identifies Gabriel, the apparent object of Marie’s romantic desires, as in fact the point of articulation of a love triangle through which Marie’s desire for Aline is mediated. Through this triangular pattern of desire Nimier explores the pleasures of the ambiguous and the undecidable as the site of a jouissance which both excites and disturbs, and which gives the text itself its peculiarly seductive quality.Il existe peu d'études sur l'intime, l'intimité, l'intimisme. De ce constat est né l'ouvrage collectif composé d'une série d'approches variées susceptibles de saisir l'intérêt et la difficulté de proposer une définition de l'intimité et, plus particulièrement, de l'intimité au 20e siècle. Placée sous le signe de l'interdisciplinarité, le volume rend compte de la polyphonie du thème dans la réalité sociale, artistique et littéraire du siècle dernier. Son principal objectif est d'appréhender la (les) définition(s) de l'intime que les créations littéraires et artistiques contemporaines proposent.Il existe peu d'études sur l'intime, l'intimité, l'intimisme. De ce constat est né l'ouvrage collectif composé d'une série d'approches variées susceptibles de saisir l'intérêt et la difficulté de proposer une définition de l'intimité et, plus particulièrement, de l'intimité au 20e siècle. Placée sous le signe de l'interdisciplinarité, le volume rend compte de la polyphonie du thème dans la réalité sociale, artistique et littéraire du siècle dernier. Son principal objectif est d'appréhender la (les) définition(s) de l'intime que les créations littéraires et artistiques contemporaines proposentJ'ai dit que ce livre m'avait rendu Marie Nimier incroyablement proche. J'aurais pu dire, aussi, inaccessible. Comme peut l'être une petite fille qui se tait et vous regarde droit dans les yeux sans sourire. Curieusement, c'est exactement l'effet que me fait ce livre, une fois refermé. Comme s'il était elle. Comme si, d'avoir réussi à y faire exister cet homme brillant et paradoxal qui eut tant de mal à être, pour elle, un père, son texte avait réussi du même coup à incarner cette petite fille muette qu'elle était en face de lui, " la Reine du Silence " comme il l'avait baptisée. Avec ce livre superbe dont on imagine qu'il marquera, dans son œuvre, non seulement une pause comme elle le suggère, mais un tournant, Marie Nimier rompt le charme où l'enfermait la parole de son père et brise le silence dont on imagine qu'il fut, des années durant, la prison transparente dont seule la littérature lui permettait de sortir



Responsable de la rubrique : Jeanne-Sarah de Larquier